Nicolas-Pierre Réveillard

          Malaxer la terre humide apaise le cœur et les étoiles qui le composent en grand, dans l’infime : le corps s’y ressource, s’y recentre. Un serein silence inonde alors l’aorte, les battements sourds des ventricules allègrement se retirent… Un rien apparaît, une forme, dans l’argile.… Peut disparaître, renaître à nouveau… Un possible, des possibles. Prolonger la respiration de l’ineffable, atteindre ce qui conforte, d’un simple glissement de mains, avec le souffle, prolonger l’unité retrouvée.

         Je travaille le grès, cuit au feu de bois pendant plusieurs jours, à « très haute température » (aux environs de 1300°C). Peu à peu la terre perd ses eaux profondes, se métamorphose de l’intérieur à mesure que l’air brûlant gronde dans la fournaise grossissante. La terre rougeoie toute habitée de la puissance du feu, les briques du four qui se dilate sous la force de la chaleur s’écartent, le four gonfle ses ailes colmatées de terre toute fumante, tel un vaisseau fusant à toute allure… La cadence d’enfournement du bois s’accélère aux alandiers latéraux, la lumière à l’intérieur est désormais d’une blancheur aveuglante. Encore quelques heures et, une fois toutes les ouvertures du four soigneusement refermées, retomberont les cendres vagabondes en son antre, habillant de variations de teintes et de couleurs la nudité des pièces transies, très lentement, dans un bruit peu à peu devenu silence et une lumière obscurité.

         Après quelques jours d’un patient refroidissement nous pourrons enfin défaire la porte du four encore tiède, le cœur battant quant à l’humble verdict du Feu et à l’affut, grands enfants, des possibles trésors enfouis sous les cendres – et en nous-mêmes…